Puisque pour le travail je vais passer 2 jours à Taipei, Taiwan, et que ces deux jours ont la bonne idée d'être accolés à un week-end, le vendredi après-midi, Aurélien et moi embarquons, après, il est vrai, avoir failli rater l'avion pour la première fois de notre existence :)
Un court vol de 1h30, mais avec 1/2h de retard (on n'était pas les seuls à être à la bourre, ni les derniers à embarquer), nous amène à l'aéroport international de Taipei, qui a triste mine, et la sortie du hall nous fait penser à un aéroport de pays en développement, du genre de celui de Cebu, Philippines, très loin de l'idée que je me faisais inconsciemment de l'aéroport de l'un des 4 tigres asiatiques !
Il n'y a pas de train ou de métro pour rejoindre le centre, mais les hôtels affrètent pour leurs clients des vans ou des taxis réservés, et ce qui m'avait semblé superfétatoire lors de la réservation de l'hôtel me semble maintenant très bien venu, et c'est l'esprit tranquille qu'on aperçoit la personne avec la pancarte de notre nom :)
Le trajet jusqu'à l'hôtel prend un temps fou (1 bonne heure), et surtout est dans un traffic perpétuellement ralenti voire bouchonné. Cela peut expliquer pourquoi ils sont visiblement en train de rajouter des voies surélevées d'autoroute ; le tout me fait penser à Beijing en 2006 (pareil : autoroute surchargée entre Beijing et son aéroport, voies supplémentaires en hauteur en construction), et le même commentaire : construire des trains efficaces et rapides ne serait peut-être pas non plus inutile ...
On dépose nos affaires dans l'hôtel, qui là encore se veut un business hôtel mais qui ne tient pas la comparaison, puis on décide de diriger nos pas vers la fameuse tour 101 (prononcer "one-ooh-one"), en forme de pagode, et qui fut pendant un certain temps le plus haut gratte-ciel d'Asie et du monde.
Après avoir longé l'une des artères commerçantes de Taipei, mais à qui décidément il manque quelque chose pour être à la hauteur de Séoul, autre tigre asiatique, on coupe à travers des petites rues très peu éclairées où l'on a un aperçu du Taipei plus quotidien, avec des boui-bouis, des boutiques de bric et de broc, des ateliers de réparation et de pièces détachées, et des épiceries de quartiers aux articles très "local".
Le système des grands axes très passants entre lesquels se nichent des quartiers entiers de vie calmes et sans traffic fait un peu penser à Tokyo. Sans doute la présence japonaise à Taiwan de 1895 à 1945 n'est-elle pas étrangère à cette réminiscence, puisqu'ils ont rasé, reconstruit et créé des quartiers entiers de Taipei ...
La 101, by night :
Le quartier autour de la 101 est moins vivant que d'autres, car il consiste surtout en immeubles de bureaux, grands hôtels et bâtiments administratifs. Néanmoins, aux abords immédiats, il y a un peu d'animation :
Comme à l'accoutumée, les 3-4 premiers étages sont un mall luxueux, le sous-sol comprend des restaurants et des stands de nourritures, tous les étages suivants sont des bureaux, et le dernier étage est une plateforme panoramique. Ce soir, hélas, vu la pluie et le brouillard, le panorama est réduit à néant.
Il est temps de se restaurer, et un restaurant de dim-sum, l'un des spécialités de Taiwan, nous attire, car il y a suffisamment de monde qui attend pour constater que c'est un resto qui doit être bon, mais suffisamment peu par rapport à la taille du resto pour que l'on n'aie pas à attendre longtemps. Et de fait, après 5 minutes, on nous mène à notre table. Le décors est assez simple et bien fait, mais, comme à Hong-Kong, quel tintamarre ! Ceci dit, le service est impeccable, les serveurs très polis, à la japonaise, mais hélas je crois que j'ai fait perdre la face à l'une des serveuses en lui redemandant du thé (ce thé au jasmin était excellent, j'en avais descendu la première tasse en quelques instants), alors que son job devait justement être de resservir en permanence les clients en thé pour que leur tasse ne soit jamais vide ... C'est quand on a vu la tête (étonnée) de nos voisins immédiats, puis l'air désemparé de la serveuse, que l'on s'est dit que j'avais peut-être été trop rude en redemandant du thé plutôt que d'attendre qu'elle nous resserve.
Voilà ce qui arrive quand on arrive dans un pays sans un Lonely Planet (avec notamment sa section sur les coutumes, les convenances, etc.) : j'étais restée en mode "hong-kong", où être exigeant et appeler les serveurs sont une nécessité, alors qu'il aurait fallu que je m'adapte un peu.
C'est l'occasion d'ailleurs de mentionner le concept de "face". "Perdre la face", c'est lorsque quelqu'un fait remarquer, à vous et/ou à d'autres, une erreur que vous avez faite, et ce peut être une erreur de comportement par rapport aux conventions sociales du moment. Inversement, des choses peuvent faire "gagner de la face", comme avoir un bon diplôme, avoir de la conversation adaptée, avoir de l'argent, ... Ce concept, très chinois, est a priori assez important, et plutôt difficile à saisir entièrement pour un étranger.
Par exemple, lorsque un vendeur et un client ont l'air de s'énerver lors d'un marchandage, il est possible qu'en réalité ils se donnent mutuellement de la face : le vendeur sera reconnu comme quelqu'un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, et le client comme quelqu'un qui ne se laisse pas avoir ...
En l’occurrence, je n'ai aucune idée de si le concept de "face" existe ou non à Taiwan, mais imaginons que oui ; alors, dans la situation que j'ai décrite, si le rôle de la serveuse de thé est de s'assurer que tous les clients aient en permanence du thé, et que je l'appelle pour lui en redemander, en lui faisant remarquer par cette demande, ainsi qu'à tous nos voisins, une erreur de sa part, je luis fais perdre de la face.
Ceci dit, en allant plus loin, il se pourrait qu'elle ait re-perdu de la face puisqu'on a remarqué que quelque chose n'allait pas ! En résumé, elle a perdu deux fois la face : une fois parce qu'on l'a appelée pour du thé, et une fois parce qu'elle a laissé filtrer notre erreur de lui avoir fait perdre la face, mais comme nous avons remarqué qu'on avait fait une erreur, on a perdu la face (-2 pour elle vs. -1 pour nous). Si, suite à ma demande de thé, elle avait gardé un visage impassible, cela lui aurait peut-être fait gagner de la face puisque, alors qu'on avait fait une erreur sociale, elle serait restée stoïque ; dans cette configuration, c'est 0 (+1-1) pour elle vs. -1 ...
Du coup, si les japonais avaient le concept de "face", ils seraient les champions du monde, avec leur politesse inépuisable et leur compréhension quand un étranger se comporte de façon rude :) Mais chez les japonais, c'est le concept du "wa" (prononcer "oua") qui prédomine, i.e. l'harmonie du groupe ; ce qui exclut le fait de gagner ou de perdre des points, puisque quiconque en perdrait en ferait perdre à tout le groupe ...
Mais bon, toutes ces considérations sont hautement spéculatives, et basées sur un non-événement ayant duré environ 10 secondes seulement, le tout arrosé de quelques lectures sur la Chine abordant le concept de "face", et de nos discussions du nouvel an !
Je cesse donc ces digressions, et conclue par : le dîner était super bon ! (notamment les dim-sum au taro, sorte de patate douce)
Le lendemain matin, c'est journée touristique, en commençant par le Chiang Kai Shek Memorial, en hommage bien sûr à ce général qui a débarqué un jour ici, ne pouvant plus lutter contre Mao, et ce malgré le soutien d'à peu près toutes les grandes puissances mondiales, URSS exceptée bien sûr.
Ça a semblé être un endroit assez vivant pour tout ce qui est artistique, puisque on y trouve un hall de danse, un hall de musique, et qu'on a vu beaucoup de groupes de jeunes qui y faisaient du break dance et du hip hop. Sans compter la démo de majorettes sur l'allée centrale.
Photos du parc, de l'entrée majestueuse, et des deux pavillons de la danse et de la musique :
L'intérieur du mémorial : une grande salle, avec un très beau plafond, renfermant la statue de CKS, gardée par deux policiers ou militaires en belle tenue :
En retournant à la station de métro (soit dit en passant que le système de métro de Taipei est remarquable), on passe devant quelque chose qui nous attire l'oeil : une salle entièrement transparente, avec ... deux toilettes !
Le mystère restera entier, et nous continuons nos tribulations en prenant le métro qui nous amène à la banlieue sud de Taipei, où une balade le long de la rivière est a priori très belle.
L'extrémité de Taipei, avec les collines vertes dans le brouillard :
La magnifique rivière :
Hélas, la balade ne fait qu'environ 500 mètres, donc on a vite fait le tour de l'endroit, très beau il est vrai, mais trop petit pour vraiment se plonger dedans.
C'est l'heure de manger, et une rue non loin du bord de la rivière a l'air de contenir des petits commerces et des boui-bouis, donc on va essayer de trouver un endroit où manger de la Beef Noodle Soup, autre grande spécialité culinaire de Taiwan (avec les dim-sum, et le stincky tofu).
On s'attable dans un boui-boui où personne ne parle anglais, mais ils ont tout de même écrit sur leur panneau de restaurant "beef noodle soup", donc en pointant du doigt vers cela, on se débrouille très bien. Cela valait le coup de tester, car on arrive enfin à identifier l'une des odeurs dominantes lorsqu'on marche dans les rues de Taipei : c'est le bouillant (comprenant pas mal d'épices) de la soupe de nouille au boeuf. Car il faut dire que les rues de Taipei sont très odorantes, et avec des odeurs très différentes des autres villes asiatiques. L'une des grandes composantes est donc ce bouillant, l'autre odeur récurrente nous semblant être des tripes de porc (forte odeur rappelant l'andouillette ...)
Après notre repas, on remonte vers la station de métro, et soudain une odeur sucrée chatouille mes narines : ça y est, on a trouvé notre dessert : des gâteaux faits maison fourrés (au choix) de pâte de haricot rouge ou de crème. Ils sont très bons, surtout ceux à la crème (il n'y a pas à dire, la méthode de préparation du haricot rouge est meilleure au Japon que partout ailleurs où j'ai essayé : Séoul, Hong-Kong, Taipei, Chine).
L'atelier de préparation des gâteaux, dans la rue :
Le métro nous ramène dans le centre, et on décide de marcher la station centrale de Taipei jusqu'à son temple le plus connu, le Longshen temple, soit environ 2-3km à travers 3 quartiers différents du centre.
Le quartier autour de la gare centrale : décidément, il y a des traits communs aux capitales asiatiques : on se croirait presque à Osaka ou à Séoul, avec ces rues tranquilles en termes de traffic mais blindées de magasins aux panneaux qui s'accumulent dans la rue :
Les fils électriques sont également à découvert, mais pas très bien organisés :
Après ce quartier dominé par les stands de nourriture et les restaurants, laissant progressivement la place à des magasins un peu vieillot de vêtements et à un grand marché aux allées étroites, mais également plutôt vieillot, nous entrons dans le quartier de Xiamen, où on est à nouveau propulsés dans le 21ième siècle, avec ses enseignes à la pointe de la mode, la modernité des rues et des magasins, la jeunesse des passants et l'internationalité des marques (L'Occitane toujours, décidément bien implantée en Asie) :
Une fois ce quartier trépidant dépassé, on longe des rues plus à l'ancienne avec des réparateurs de chauffage, de scooters, des petites boutiques de ceci ou de cela qui auraient besoin d'un bon coup de neuf. L'impression générale est celle d'un quartier un peu sombre, ce qui est sans doute dû au fait que tous les trottoirs sont en fait des arcades, donc la lumière du jour est moins présente, et au fait que tous les immeubles ont clairement bien plusieurs décennies derrière eux ...
Soudain, nous voilà au Kongshen temple, et comme on est arrivés par derrière alors que tout le monde y parvient par devant en métro, le choc est impressionnant entre le calme, voire l'ennui des rues d'un quartiers banal et vieilli, et l'animation bruyante de la foule !
Le temple a clairement du cachet :
Photos souvenir :
Devant le temple se trouve le Night Market, l'une des attractions de Taipei pour prendre des repas dans une atmosphère populaire traditionnelle, avec des plats typiques, dont certains sont clairement non connus de nos palais (le serpent par exemple), avec un foisonnement d'odeurs, de boui-bouis qui en feraient reculer plus d'un, et de snacks à la taiwanaise :
Le lendemain, il fait à nouveau grisâtre et légèrement pluvieux, on n'a donc pas le courage de se lever tôt, et c'est tranquillement qu'on décide d'aller au zoo de Taipei. Assez grand, certains enclos sont clairement spacieux, et on y passe un bon moment (on a même vu le dos d'un grand panda faisant la sieste ! - peu passionnant en vérité, mais c'est la nature : on ne va pas lui demander de faire des tours de cirque pour notre plaisir ...), avec certains animaux qu'on voit pour la première fois, et notamment les tapirs malais, où de loin on dirait vraiment qu'ils portent un T-shirt blanc :
Au final, ce qui est sûr c'est qu'on ne retournera pas à Taipei en vacances ; globalement, c'est moins prenant qu'ailleurs, et culinairement je n'ai pas retrouvé l'enthousiasme que j'ai pour la cuisine japonaise, chinoise, vietnamienne, thai, etc. Les dim-sum sont vraiment excellents, mais pour le reste ce n'est pas transcendant, et cela manque un peu de diversité (bien sûr, c'est une opinion basée sur 4 jours, ce qui est trop peu pour être éclairée, c'est juste notre aperçu partiel et personnel ...)
Dans le côté découverte, j'ai vraiment été étonnée que Taipei fasse aussi vieille ; je m'attendais à quelque chose de bien plus moderne, tigre asiatique oblige, et de bien plus haut (il n'y a que peu de gratte-ciels et d'immeubles hauts), en fait, je pensais que Taipei ressemblerait plus au quartier de Ximen ou de la 101, alors qu'en fait c'est plutôt l'exception que la règle.
Niveau humain, les taïwanais nous ont semblé vraiment sympathiques et avenants, et on nous a spontanément proposé de l'aide deux ou trois fois (dont une fois où je visitais un supermarché pour voir les produits en rayon - c'est toujours intéressant, et où après plusieurs minutes un client s'est proposé de m'aider, ayant dû avoir l'impression que j'étais un peu perdue et ne trouvais pas ce que je cherchais - normal, je ne cherchais rien -), d'ailleurs dans un anglais souvent bon, surtout pour les jeunes. On n'a pas du tout eu l'impression, comme en Chine ou à Hong-Kong, que c'est chacun pour soi (dans les files d'attente, dans la rue, ...).
Enfin, d'après des ouï-dire, il semblerait que la vie nocturne de Taipei soit géniale, mais hélas cela n'a pas fait partie de notre répertoire.
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