2013-05-05
2013-03 Suzhou
Venir à Shanghai sans passer par Suzhou, c'était un peu à mes yeux comme aller en Alsace et ne pas manger de tartes flambées ... : inconcevable !
Car Suzhou c'est un peu le coeur intellectuel et culturel de la Chine ancienne.
En effet, c'était une ville très importante pour le commerce (à l'époque où Shanghai n'existait pas ou ne comptait pas), car elle était située dans l'un des bassins très riches de la Chine avec de considérables récoltes de riz et une production de soie reconnue. Ces richesses agricoles et industrielles en ont ensuite fait une ville où la culture a pu se développer, et notamment les arts et les jardins chinois, qui l'ont fait connaître dans la Chine voire le monde entiers.
En tous cas, dans les quelques romans chinois qui se passent il y a plusieurs siècles, Suzhou ressortait pour la culture chinoise comme Florence pour les peintres de la renaissance, d'où mon envie de la visiter.
Suzhou est à une grosse demi-heure de Shanghai en train à grande vitesse, qui part de la gare de HongQiao (faisant partie du même noeud de transports que l'aéroport où on a atterrit), qui s'avère être gigantesque et fait beaucoup plus penser à un aéroport qu'à une gare.
Et quand le train arrive, Aurélien et moi on est morts de rire : un Shinkansen ! Il lui ressemble à l'extérieur comme deux gouttes d'eau, et quand on monte à l'intérieur l'impression n'est que renforcée : tout est exactement pareil à un Shinkansen ! Jusqu'aux rangées de sièges qui se retournent, la taille de l'affichage au dessus des portes, le nombre de sièges sur la gauche et sur la droite, etc. Seule différence : les couleurs du sol et des coussins sur les sièges.
Du coup on se dit qu'ils n'ont même pas essayé de faire semblant de modifier des choses pour leur train national, ce qui est soit ridicule soit au contraire très franc, non-hypocrite. Jim confirme d'ailleurs qu'au début la Chine a acheté des trains japonais, puis qu'ils se sont mis à construire les leurs eux-mêmes : on sent effectivement d'où vient leur inspiration ...
On descend à Suzhou où le froid nous rattrape (toujours 10 degrés au thermomètre et pas de soleil pour réchauffer l'atmosphère), et Benoît se charge de nous faire monter dans un bus qui nous amènera au premier jardin chinois de la journée, le Blue Wave Garden (sur le nom ma mémoire peut se tromper).
Au premier abord, le centre-ville que l'on traverse en bus est très animé, pour une grande ville elle est restée de faible hauteur (pas d'immeubles de dix étages), et elle a une certaine architecture spécifique à base de blanc (c'est peut-être obscur comme description, mais sur les photos plus bas ça deviendrait plus clair).
Le premier jardin ne nous séduit pas énormément, sans doute parce qu'on en a déjà vu de plus beaux ailleurs, sans doute à Beijing, Chengde ou au Japon (qui a ses jardins japonais mais également pas mal de jardins chinois).
Ceci dit, l'endroit est plutôt sympathique, avec une entrée sur un jardin de pierres impressionnantes :
un petit pavillon permettant d'être plus haut que les murs de la villa et donc de voir la cité alentours :
un couloir extérieur de la maison : murs blancs et tuiles gris foncé, représentatifs de l'architecture de la ville :
Ca caille vraiment, donc à la sortie du jardin Aurélien et Jim ne résistent pas au vendeur de patates douces cuites sur charbons pour se réchauffer :)
On se dirige par les petites rues vers le second jardin que l'on va visiter ; ici une rue typique du centre de Suzhou :
Mais le second jardin sera pour l'après-midi, car entre les deux se trouve un restaurant Ouïghur conseillé dans le Lonely Planet, or ni Aurélien ni moi n'avons jamais mangé ouïghur, et Benoît seulement rarement, donc le consensus fut rapide !
Pour ceux qui se demanderaient ce que c'est que "ouïghur" : c'est une ethnie mi-asiatique mi-caucasiens (i.e. européens), qui est donc physiquement assez différente des autres chinois, mais sans pour autant ressembler entièrement à des russes ou autres peuples de l'Asie centrale.
Cette ethnie vit dans la province la plus au nord-ouest de la Chine, le XinJiang, province Ouïghur autonome de la Chine, une gigantesque province très pauvre (désertique dans beaucoup d'endroits), mais riche par certains aspects (charbon, gaz, pétrole). De grands déserts, de gigantesques chaînes de montagnes, quelques vertes vallées et oasis, des températures très hautes l'été et très basses l'hiver ... Les Ouïghur sont musulmans, et certaines velléités indépendantes sortent parfois (mais ne passent pas).
Je crois que vous l'aurez compris, cette province chinoise a une culture très différente de celle du centre de la Chine, dont la cuisine : autant la cuisine chinoise fait la part belle au porc, autant ici c'est le mouton qui domine !
Les plats qu'on a commandés : plat de brocolis à l'ail (très réussi), riz frit du XinJiang (un peu décevant), galettes de blé à remplir de mouton haché, petits légumes et épices (très parfumé), et en guise de dessert du melon caramélisé (ça c'est forcément bon !) :
Après ce repas roboratif il faut hélas affronter à nouveau le froid, qui heureusement semble s'être adoucit de 2-3 degrés entretemps.
Le jardin suivant est le Master of the Nets Garden, un jardin entièrement inclus dans les différents bâtiments qui composent la villa ; ici l'espace principal du jardin :
ici l'une des pièces de la maison :
là une autre partie du jardin :
Ce jardin et villa nous ont plu, on s'imagine très bien un érudit chinois à longues manches et longue barbe y vivant il y a plusieurs siècles. Bien qu'on se demande comment ils chauffaient les pièces l'hiver ...
Pour la suite de l'après-midi, l'idée est de juste se balader dans les rues du centre de Suzhou, connu pour ses canaux, par exemple ici :
D'ailleurs tout le long du trajet entre Shanghai et Suzhou des lacs, des plans d'eau, des rivières et des canaux se succèdent en permanence : on est vraiment dans une immense plaine très naturellement irriguée et parfaite pour la culture du riz ! Cela se voit aussi très bien sur Google Maps.
Revers de la médaille : quand le Yangtze se met à déborder ...
Je profite de l'occasion pour évoquer le Grand Canal (un bout passe non loin de Suzhou). Quand j'étais petite j'ai lu un roman qui se passait en Chine lors de la construction du grand canal, donc c'est quelque chose qui me parle, mais il me semble que c'est quelque chose de bien moins connu globalement que la Muraille de Chine, alors que pourtant c'est à peu près du même ordre de grandeur : au lieu de remparts sur des milliers de kilomètres pour tenter de repousser l'ennemi mongol, et qui ne servit pas vraiment à grand chose, c'est une succession de canaux reliant des rivières les unes aux autres dans l'axe nord-sud sur des milliers de kilomètres de façon à relier entre eux les deux grands bassins de la Chine : le bassin du Yangtze (qui coule du nord Yunnan jusqu'à Shanghai via le Sichuan) et le bassin du fleuve Jaune (qui coule du QinhHai jusqu'à la côte à plusieurs centaines de kilomètres au sud de Beijing, en faisant une grosse boucle dans le nord de la Chine), et ainsi jusqu'à Pékin, de façon à pouvoir transporter du riz/blé/de l'eau du nord au sud ou du sud au nord (très important les années de sécheresses dans l'une des zones), et plus globalement transporter à peu près n'importe quoi du centre-nord de la Chine (Pékin) au centre-sud de la Chine (Nanjing et Hangzhou, proches de Shanghai). A l'époque où les route n'étaient pas très développées, c'était une sorte d'autoroute géante qui permettait à tout le centre de la Chine de faire partie d'un même ensemble. Evidemment, son intérêt est moins visible aujourd'hui avec des autoroutes de béton, le rail et les avions, mais de -500 à 1900 environ ce fut un axe de commerce très important pour la Chine.
Après cet aparté, revenons à Suzhou où de nombreux étals ambulants avec des snacks différents bordent les rues, mais comme on vient de déjeuner bien copieusement, hélas on passe notre tour. Benoît craque néanmoins pour quelques biscuits chinois à base de pois verts sucrés pour ramener, et sur place il tente deux des pâtisseries chinoises de ce très bel étal :
Le centre est relativement grand, mais je dois dire moins mignon qu'à Lijiang.
Par contre il fait plus authentique au sens où ce n'est pas chaque maison qui est une boutique pour touristes : c'est bien plus calme, et il semble que ces maisons servent effectivement de lieu d'habitation "pour du vrai".
Photo souvenir, adossée contre ces arbres chinois quasi systématiquement peints en blanc jusqu'à 1m de hauteur (contre les rongeurs ? pour que les alcolos les évitent mieux ?), et emmitouflée au maximum dans mon pull à long col et ma veste à capuche :
Petite pause pour prendre un thé, moment où Jim dut recourir à toutes ses compétences de chinois pour faire comprendre que je voulais un thé, mais sans "thé" (i.e. un thé sans théine ou cafféine, donc une tisane en fait, mais en chinois selon le type de fleur/plante infusé le résultat sera un thé ou une tisane, mais toujours appelé "thé" en chinois : pas facile du coup de communiquer !)
Dernière balade dans le centre pour retourner vers l'avenue principale où un bus nous ramènera à la gare de "Shinkansen" :
Au final, je dois avouer que Suzhou nous a un peu déçus, mais je pense que c'est lié au fait qu'on a déjà vu d'autres endroits de ce genre ailleurs en Chine : des occidentaux débarquant là seront j'imagine conquis. Car en ce qui concerne l'aspect ville au centre conservé avec des petits canaux, Lijiang était plus jolie, et en ce qui concerne les jardins chinois, d'autres à Pékin, Chengde ou au Japon nous ont plus séduits.
Il n'en reste pas moins que c'est ici à Suzhou que l'art des jardins chinois a été inventé, perfectionné, raffiné, puis exporté dans toute l'Asie du nord-est !
On conclut notre journée en retrouvant Min à Shanghai dans un restaurant de Hot Pot chinois. Je n'utilise pas le terme de "fondue chinoise" car je trouve la traduction très trompeuse : rien de fondu dans le hot pot chinois, seule la notion de "pot au milieu de la table dans lequel tout le monde trempe quelque chose" pourrait justifier le terme.
Il s'agit en fait d'un grand bac central divisé en deux dans lequel se trouve de l'eau chaude ; pour chaque moitié on choisit un type de sauce (tomate, soja, épicé, etc.), et plein d'ingrédients à plonger dedans (viandes, légumes, riz, nouilles, ...), puis c'est parti, on plonge les champignons, tomates, soja, saucisses, boules de viande, oeufs, pommes de terre, etc. et chacun retire à son gré ce qu'il souhaite quand c'est cuit, puis le plonge dans une petite assiette dans laquelle il peut également avoir mis une sauce vinaigrette à son goût (soja, sésame, mayo, avec ciboulette, ail, coriandre, chili, ...).
Ce repas était vraiment excellent, convivial, avec en plus une démonstration par un cuisto de la fabrication d'une nouille sichuanaise, incluant un passage de GRS au ruban (le ruban = la nouille) ! D'ailleurs c'est l'une des meilleures nouilles que j'aie mangé : on avait déjà bien dévoré, sinon j'en aurais repris un bon paquet !
Le lendemain matin, petit-déjeuner gigantesque de pain grillé, confitures et miel, avant de partir prendre l'avion du retour vers Hong-Kong.
Notre séjour à Shanghai fut très intéressant, grâce à la disponibilité de Benoît et Min qui nous ont chouchoutés, et aussi parce que Shanghai s'est révélée très différente de ce qu'on en imaginait : beaucoup plus moderne, développée et propre, avec encore beaucoup de vieux quartiers (rénovés ou non), et bien moins dense que ce qu'on pensait - par rapport à HK c'était agréable de se promener dans les rues !
Quant à la nourriture, on a vraiment super bien mangé pendant ces 3 jours, et là encore Jim et Min n'y sont pas pour rien, que ce soit chez eux ou dans le choix des restos :)
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Une fois revenus en France, si vous êtes nostalgiques de la nourriture ouighour, je vous conseille le Tarim, 74 rue JP Timbaud vers Oberkampf. D'après leur carte, c'est le premier de la sorte ouvert en France. Alors je ne peux guère le comparer à celui de Suzhou, mais j'y ai bien mangé à chaque fois que j'y suis allée.
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