Mes parents venant passer plus de 2 semaines en Asie, j'aurais trouvé très dommage qu'ils ne fassent pas le grand saut chinois, et j'ai donc réussi à les convaincre de se faire faire un visa chinois et de me laisser organiser 4-5 jours en "vraie" Chine.
Pourquoi voulais-je absolument leur faire découvrir l'empire du milieu ?
- parce que j'entends souvent que Hong-Kong c'est en Chine ; il faut aller en Chine pour comprendre en quoi Hong-Kong n'est pas la Chine- mais surtout parce qu'on ne peut pas imaginer ce que c'est que la Chine tant qu'on n'y a pas été, et que c'est une aventure qu'on n'oublie pas de sitôt
- et, pour mes parents, parce que la Chine c'est la porte d'à côté de Hong-Kong venant de France, donc autant en profiter !
Comme ils avaient déjà fait un long voyage, je voulais trouver une destination proche (1h-2h d'avion max) ; ayant tant de choses à découvrir, je voulais aller quelque part d'inconnu pour moi (donc ni Beijing ni le nord Yunnan), et comme la Chine c'est assez rude pour un occidental non averti, je voulais une destination touristique fréquentée pour que ce soit certes la Chine, mais une version abordable psychologiquement :)
Du coup, une destination s'imposait : Guilin, dans la province du Guangxi.
Depuis que nous sommes à HK j'ai rarement l'occasion de faire des points culturels, voici donc un petit aparté sur le Guangxi et Guilin. J'imagine que ce sera truffé d'approximations, mais ce sera mieux que rien :)
Le Guangxi est l'une des provinces du sud de la Chine (elle touche le Vietnam au sud, et le Yunnan à l'ouest). Elle ne fait pas partie de ce qu'on appelle "inner China" (Chine intérieure), mais bien des bords de la Chine. Les bords de la Chine, bien qu'encore en Chine, ont des caractéristiques très différentes de la Chine centrale, par exemple :
- ethnies différentes (la Chine en répertorie officiellement 56)
- donc langues différentes, mais surtout coutumes différentes
- pour certaines, ce sont des provinces autonomes avec donc certaines différences législatives pour tenir comptes des coutumes locales différentes
- l'état central y a exercé ou/et y exerce moins d'influence
- ces provinces forment réellement le bord de la Chine dans le sens géographique : au sud, à l'ouest et au nord, et sont en général plus pauvres, quoique parfois riches dans le sous-sol, et souvent montagneuses
Dans le Guangxi, l'ethnie principale est celle des Zhang, et le gouverneur du Guanxi doit donc faire partie de cette ethnie. Il y a également quelques autres minorités (Dong et Miao). En réalité, les Hans (chinois de l'intérieur) y sont majoritaires désormais, mais les spécificités restent prises en compte. Cette province fonctionne surtout grâce à l'agriculture et au tourisme, mais l'industrie commence à s'y développer (puisque les salaires sont plus faibles que dans les régions plus riches de la côte est).
Guilin est le centre touristique de la région, car c'est là qu'arrivent quasiment tous les touristes qui viennent admirer les paysages qui ont fait le renom de Guilin : les monts karstiques le long des rivières (Li et Yulong). C'est également une ville qui sentait très bon en ce mois d'octobre, de par les Osmanthus en fleurs qui dégagent une odeur parfumée (kinmokusei à Tokyo où la floraison, que j'adorais également, était plutôt en septembre), et qui ont donné son nom à Guilin (les deux caractères de Guilin signifient : forêt d'osmanthus), et dont ils tirent un excellent thé. Dans le passé elle était le point où se terminait l'influence forte de l'empire du milieu et où commençait le vrai "far west & south" chinois, et se trouvait le long d'une route fluviale importante pour le commerce.
Arrivés le soir à l'aéroport, un chauffeur nous attend avec une voiture pour nous amener à l'hôtel. Là, on est tout de suite projetés dans l'un des aspects inévitables, très peu agréable, de la Chine : ils conduisent n'importe comment. Vraiment. En l'occurrence, sur l'heure de trajet, notre conducteur a passé un bon 50% au téléphone, dont non seulement à parler mais à lire et à écrire ; autant dire que notre véhicule ne suivait pas vraiment la route ... A un moment, sur l'autoroute, on se trouvait au milieu entre deux voies, à 20km/h, notre conducteur tapant un email ou un sms, à se faire double par un gros camion klaxonnant ... Honnêtement, on n'aurait jamais cru arriver entier à notre hôtel, mais vu que le klaxon est utilisé à tour de bras, et on comprend pourquoi, cela permet de rappeler à l'ordre les conducteurs au moment crucial.
D'ailleurs, il y a un passage hilarant (quand on est tranquille dans son canapé, pas quand on est sur le siège d'une voiture en Chine) sur la façon de conduire chinoise dans le livre "country driving", de Peter Hessler, qui est un américain parlant couramment le mandarin et ayant vécu 10 ans en Chine. Ce bouquin est vraiment excellent pour découvrir la vraie Chine moderne ; à lire absolument !
Après avoir posé nos bagages, on part vers le centre-ville pour dîner, où on atterrit dans un restaurant grand et à l'air touristique, mais malheureusement sans menu en anglais. Car autant dans certains pays touristiques (Indonésie, Malaisie, Thaïlande notamment), l'anglais est parlé, autant en Chine il vaut mieux ne pas s'y attendre ; c'est un peu comme au Japon : le marché intérieur est tellement grand que l'anglais n'est pas un must.
On essaie de prendre des plats pas trop extrêmes, et le résultat est mitigé : rien de mauvais, mais rien d'extraordinaire non plus, et pas mal de temps à essayer de nous faire comprendre par les serveurs avec les 3 mots de mandarin que je connais et force gestes et pointages vers les images du menu ...
On revient tranquillement le long des berges de la rivière, très bien aménagée avec des sentiers piétons entourés d'osmanthus, d'arbres, et le tout illuminé par des guirlandes. C'est vraiment très agréable :
De jour, c'est moins joli
mais d'un autre coté il faut bien caser les 1 million d'habitants de la ville !
Les alentours en revanchent sont tout de suite caractéristiques de la région : pics karstiques, et végétation sub-tropicale :
Après avoir un peu négocié, on a réservé un chauffeur et un guide pour le lendemain aller dans les montagnes à 2 heures de Guilin où se trouvent des célèbres rizières en terrasse.
Après presque 3 heures de trajet sur des routes qui méritent à peine leur nom tellement elles sont défoncées (incroyable alors que c'est une destination majeure à partir de Guilin ! mais cela montre à quel point la Chine est encore en développement), et tellement les engins motorisés sont parfois hallucinants, on est contents de sortir enfin de la voiture.
Ici l'un des camions omniprésents, avec leur moteur à l'air :
Un autre aspect impressionnant le long du trajet est le nombre de constructions en cours, à chaque fois à des étapes différentes, mais toujours bâties de façon très artisanale ...
On est dans le village de Ping An, niché entre les monts et les rizières en terrasse :
Le chemin qui mène du parking au village en tant que tel (non accessible en voiture) fait environ 500 mètres, et quand la largeur le permet des boutiques proposent les productions locales : des épices
des fruits, et notamment de délicieux fruits de la passion qui ont fait office de dessert le midi :
et bien d'autres choses bien sûr : artisanat, cartes postales, écharpes, etc.
A noter que les femmes sur ces photos avec des vêtements et des coiffes très colorés ont les cheveux très très longs (les miens sont courts par comparaison), car elles font partie de l'ethnie Yao et ne les coupent qu'une fois dans leur vie : à 16 ans, qui est l'âge traditionnel où elles peuvent chercher un conjoint. Dans le passé, seul leur conjoint avait le droit de voir leurs cheveux, d’où la coiffe traditionnelle qui les remonte sur la tête. Maintenant ce n'est plus le cas, et pour certaines c'est même une source de revenus quand elles acceptent de les dénouer pour des touristes, contre rémunération (environ 1€ pour une photo).
Les porteurs, qui montent bien chargés entre le parking et le village (ici avec les bagages de touristes) :
Comme souvent en Chine, on voit des choses qu'on ne voit plus chez nous : quelqu'un qui se lave les cheveux dans la rue :
et les bébés chinois qui, pour économiser de nombreux lavages, ont les fesses à l'air, avec ou sans couche, ici avec :
Le village de Ping An : très isolé, maisons en bois, magnifiques vues sur les rizières, les montagnes et les vallées :
On continue à monter, et on atteint les rizières, avec une vue de plus en plus belle au fur et à mesure qu'on s'élève :
Dans certains champs, la moisson a commencé, et on voit les paysans enfoncés jusqu'aux genoux dans la terre molle des rizières et on entend le bruit quand ils frappent les épis dans les bennes pour en faire tomber les grains :
Après avoir quelques temps à contempler le panorama, et pour Aurélien et moi à aller marcher vers le village suivant, on prend le chemin du retour :
Une fois dans le village, on s'achète en guise de petit repas de midi, du "bamboo rice", très bon plat de riz cuit dans du bambou parsemé de dés de viande et de potiron :
Puis c'est le long retour vers Guilin, où pour terminer la journée on va visiter la Reed Flute Cave, l'une des grottes qui se visite dans la région qui en comporte des milliers dans ses fameux pics karstiques.
Comme d'habitude en Chine pour les attractions touristiques, le prix n'est pas donné, mais cela valait le coup car la grotte est réellement immense, comme une cathédrale, et les couleurs pour mettre le tout en valeur sont plutôt réussies. Aurélien en ressort enchanté et n'a qu'une hâte pour le reste de notre séjour : en visiter d'autres :)
Photos :
(attention, tonalités différentes car photos issues de l'appareil de mes parents et non plus du mien :)
On avait vraiment l'impression d'être dans un autre univers !
Le soir, on dîne sans imagination à l'hôtel, et là encore je suis déçue par le repas, qui n'est pas à la hauteur de la cuisine chinoise (à Pékin et au Yunnan) que j'avais adorée ...
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