2011-09-02

2011 Mars : de passage à Hong-Kong...

A Hong-Kong, si besoin était, nous apprenons à vivre avec peu de choses : toute notre vie matérielle se trouve en effet à Tokyo, mais nous sommes à Hong-Kong pour une durée indéterminée avec seulement un sac à dos d'affaires...

Nous ne sommes pas si démunis que cela puisque

- nous avons avec nous notre carte de retrait et de paiement, magnifique engin de liberté dans la mesure où le compte en banque le permet ; quoi que l'on aie oublié d'essentiel, cela pourra être remplacé...

- nous sommes logés à l'hôtel, payé par la boîte d'Aurélien, ce qui nous permet d'être serein et de ne pas envisager la vie sous les ponts :) ... ce qui n'était d'ailleurs pas garanti d'ailleurs car plusieurs milliers d'occidentaux tokyoïtes ont débarqué à Hong-Kong, phénomène déjà de grande ampleur en soi, alors même que le week-end suivant était celui des Seven's (célèbre tournoi de rugby à 7 annuel à HK), les hôtels réservés depuis des semaines voire des mois...

Ma phrase sur les moyens de paiement semble une remarque ridicule, mais il faut garder en tête que lorsque nous sommes arrivés à HK, nous ne savions pas si nous retournerions un jour au Japon, et cela faisait bizarre de penser à toutes nos "choses" en territoire nippon ne servant peut-être plus à rien (que nous ne reverrions peut-être plus), à notre appartement abandonné (mais le loyer courant toujours), et nous ici, avec pour toutes possessions une semaine de fringues, une trousse de toilette, un ordi, un téléphone (même pas deux) et trois bouquins.

Du coup, on se rend facilement compte de ce qui nous importe (un peu sur le mode "si tu ne devais emporter qu'un seul objet sur une île déserte") ; pour moi, au final, seulement mes livres et mon disque dur externe.

Et après quelques heures à HK s'ajoute un autre élément à la fois matériel et non-matériel : la qualité de vie de Tokyo !

Nous sommes ici dans une ville fantastique, mais le choc (pour nous choyés par le confort japonais) reste réel : quelle puanteur, quel mauvaise organisation, quelle rudesse des personnels de l'hôtel et des gens dans la rue et les transports, le traffic fait un vacarme insupportable, la propreté est parfois douteuse, dans la rue on a l'impression de passer notre temps à attendre de pouvoir traverser, ...

Fait particulier, que je ne suis pas la seule à avoir expérimenté : pendant 2-3 jours après notre arrivée je "sentais" souvent la terre trembler. En fait, c'était soit quelqu'un marchait lourdement dans la pièce, ou Aurélien qui se tourne dans le lit, ou un coup de vent contre le building. Mais le corps a mis un certain temps à se déshabituer de considérer ces vibrations comme des potentiels séismes...

Bon, j'arrête là le passage "déraciné", car au final, certes on s'est posé beaucoup de questions, mais on s'est également jetés à corps perdu (ce qui permettait aussi de limiter les réflexions qui tournent en rond) dans la vie trépidante hong-kongaise, sous la houlette de haute voltige de Joseph !

On a enchaîné les repas et les bars, bien obligés de toutes façons : on n'a pas de cuisine, et on ne peut pas rester enfermés dans notre chambre d'hôtel à se marcher sur les pieds tous les deux (la chambre est d'une bonne taille, mais pas de là à ce qu'on puisse y passer nos heures de loisirs) ou scotchés sur le lit à regarder en boucle la télé.

Quoique la chaîne australienne est carrément marrante, avec leurs sports qu'ils sont seuls à jouer, mais tellement ludiques !

La catastrophe du Japon fait la une, on suivra les news intensivement, et notamment la montée de la radioactivité à Tokyo dès le mardi (heureusement temporairement), les échecs pour refroidir les coeurs des réacteurs, les problèmes des interventions justement du fait des niveaux de radioactivités périlleux pour l'homme, mais également le bilan humain qui, jour après jour, monte, monte...

Je suis surprise par l'omniprésence à HK des possibilités pour faire des dons pour le Japon : dans tous les combinis ; l'un des bars où nous sommes allés versait la moitié des prix des consommations pour le Japon, etc.

On est également scotchés par l'aspect "village" de HK : quasiment chaque jour on aura croisé, dans la rue ou au restaurant, des gens que l'on connait ! incroyable, sachant qu'en 3 ans à Tokyo, cela ne m'est arrivé pas même 5 fois...

En tous cas, la vie à Hong-Kong incite à sortir, à rencontrer des gens : il y a une sorte de dynamique, de tourbillon qui nous a entraîné dans son sillage ; en plus, tout a l'air si simple, les gens ont l'air accueillants, c'est décontracté, le tout dans une ambiance particulière de vie occidentale aux portes de la Chine.

Quant à LKF (lang kwai fung), le quartier pour le soir blindé de bars, de restos, et surtout d'occidentaux, c'est à voir ! (et quel contraste par rapport à en journée !)

Cela fait même un peu irréel : on se croirait sur un international campus étudiant géant !! (avec moyenne d'âge plus élevée certes)

Les quantités de bière déversées sont impressionnantes, même s'il existe quelques bars à vin et bars plus standing.

On se sent rajeunir à HK : la vie est insouciante, et festive !

D'après la théorie de Joseph, c'est parce que les appartements sont tellement pourris à HK qu'on y passe le moins de temps possible, d'où le fait que tout le monde sort tout le temps...

Quant au travail, nous avons pu tous les deux y aller dès le mardi et travailler dans de bonnes conditions.

J'ai appelé des collègues japonais, qui surprenamment m'ont dit que j'avais bien fait de quitter le Japon, qu'il fallait que je reste aussi longtemps que nécessaire à HK le temps que les choses s'améliorent. J'ai été surprise qu'ils soient si directs ; certains m'ont même dit que si eux ne partaient pas de Tokyo, c'était simplement parce que : où aller ? C'est leur pays ...

En tous les cas, dans nos entreprises, les employés restés au Japon vont travailler comme d'habitude. La seule entorse à la normalité sera dans l'heure de départ : comme les transports restent un peu perturbés, beaucoup partent bien plus tôt le soir pour être sûr de pouvoir rentrer chez eux. Peut-être un pic des naissances dans 9 mois ? (je dis cela car le gouvernement japonais essaie d'inciter les gens à passer plus de temps en famille pour faire plus d'enfants et faire remonter le nombre très bas des naissances - pour rappel, la population japonaise diminue depuis 2005)

En revanche, on entend également des choses très difficiles, notamment d'entreprises qui obligent leurs employés à venir au travail ou à annuler leurs vacances, et ça c'est assez incroyable.

Au bout de quelques jours on s'habitue à notre vie temporaire à Hong-Kong, même si l'absence de visibilité est gênante : où sera-t-on dans une semaine ? dans un mois ? dans trois mois ? c'est très étrange de ne pas pouvoir se projeter dans le futur proche.

L'autre malaise, celui d'avoir abandonné les japonais, reste malgré tout un peu présent, notamment renforcé par toutes les images en provenance du Japon, où bien entendu aucun pillage, les gens sont patients, tout a l'air pas mal organisé pour les réfugiés alors que l'ampleur de la catastrophe est énorme. La nation japonaise est vraiment impressionnante pour certains aspects, et cela est notamment mis en lumière dans ces circonstances.

Les premiers impacts pour les industries automobiles et électroniques commencent à sortir : il est possible que beaucoup de chaînes d'approvisionnement soient mises à mal. Question ouverte : cela va-t-il renforcer le rôle de la Chine...

Enfin, il semble que la crise nucléaire aura un impact non seulement sur le Japon, mais également dans le reste du monde. Des nouvelles arrivent selon lesquelles tel ou tel pays suspens les projets de nouvelles centrales, voire les arrête ou demande des évaluations. Je suis d'abord assez étonnée, car étant donné l'amplitude des forces qui ont touché le Japon, qui plus est imprévues (cf. l'article précédent), les centrales ont pas si mal résisté... Ce qui a l'air d'avoir manqué, c'est le moyen de faire face après coup, de trouver des solutions improvisées pour pallier aux systèmes mis à mal. L'obsolescence de la centrale n'a pas arrangé les choses ; visiblement une centrale plus récente n'aurait pas eu le même niveau de crise.

Sachant que toute technologie peut amener des événements rares et qu'il y aura toujours un jour un truc qu'on n'aura pas prévu ou pas su éviter (même en France sans séisme ni tsunami, par exemple l'explosion de l'usine AZF à Toulouse), mais que globalement on est contents d'avoir les bénéfices de cette technologie (pas forcément pour le nucléaire, mais en général), il faut se résigner à un accident une fois toutes les x années, tout en essayant de s'en prévenir et de prévoir des systèmes de secours pour y parer une fois déclenché pour limiter les dégâts.

Un moyen plus indolore d'avoir le beurre (les bénéfices de la technologie) et l'argent du beurre (quasiment pas de risque industriel) serait de prévoir des usines entièrement automatisées et robotisées, que l'on gèrerait entièrement à distance, et qu'on installerait sur une autre planète, mais cette ère semble encore lointaine...

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